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Le premier homme

Albert Camus, livre édité par sa fille Catherine Camus et les Éditions Gallimard en 1994.

Œuvre magistrale, qui m’a profondément interpellé. On retrouve le manuscrit du livre dans le cartable d’Albert Camus après son accident de voiture qui lui a coûté la vie. Le livre est incomplet, l’auteur ayant lui-même souligné les points à reprendre ; quelques incohérences au niveau des noms des personnages. Sous un nom d’emprunt, Camus nous raconte sa recherche du Père, et ses souvenirs d’enfance.

Jacques Cormery, que j’imagine autour de la quarantaine, se rend sur la tombe de son père, mort pour la France en octobre 1914, alors que Jacques était né en 1913. À partir de là, le roman oscille entre le Jacques adulte, sa quête paternelle, les moments passés à Alger pour être avec sa mère et tenter de l’interroger sur son époux, et son enfance.

Récit profondément touchant de la vie d’un jeune enfant à Alger, au début du 20e siècle, dans une famille d’une pauvreté que l’on ne peut plus imaginer de nos jours. La mère veuve est allé vivre chez sa mère avec ses deux enfants. La grand-mère est autoritaire, la mère ne sait pas lire et est un peu sourde, l’oncle également. Les autres enfants de la grand-mère ont quitté le nid familial.

Mais finalement, il n’y avait que le mystère de la pauvreté, qui fait les être sans nom et sans passé, qui les fait entrer dans l’immense cohue des morts sans nom qui ont fait le monde en se défaisant pour toujours.

Le travail dans ce quartier n’était pas une vertu, mais une nécessité qui, pour faire vivre, conduisait à la mort.

L’enfant va à l’école, joue au foot en essayant de ne pas user ses chaussures, ce qui lui vaut des coups de nerf de bœuf, s’amuse avec son inséparable ami des jeux simples de l’époque. Tout nous est raconté avec une précision sculptée et un style littéraire admirable.

Finalement, c’est l’instituteur de l’enfant qui va insister auprès de la grand-mère pour qu’il passe le concours d’entrée au Lycée. Ce qui, pour la famille, représente un manque à gagner certain.

En lisant ce livre, on comprend Camus, et on l’admire d’autant plus. Et accessoirement, on admire aussi cette « école de la République » qui permettait de changer de condition sociale. La vie de l’enfant Cormery ressemble à une sorte de tunnel : on vit, on travaille, on meurt, car personne ne nous a parlé d’autre chose. Ce n’est que petit à petit, grâce à l’éducation, que Cormery/Camus va découvrir un autre monde, pour se faire ensuite le porte-parole des sans-voix.

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