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Albert Camus, Gallimard 1958, poche et Folio
De 1939 à 1958, Albert Camus, journaliste, a publié un bon nombre d’articles et d’études sur l’Algérie, en essayant, à chaque fois, de proposer des solutions pour que la situation du pays s’améliore, et que les deux protagonistes, la France Métropole et l’Algérie, se comprennent. Le livre recueille ces articles, passionnants en eux-mêmes, et indispensables pour découvrir et assimiler la position d’Albert Camus sur l’Algérie.
J’ai été frappé par la profondeur, le bon sens et l’intelligence de ces positions. Camus parle vrai, dénonce les erreurs des deux partis avec une seule idée en tête : l’union est possible, si chacun prend conscience des ses erreurs et est disposé à faire un pas vers l’autre.
Camus réfute autant l’attitude méprisante de la Métropole, que les violences et les attentats.
Comme les articles vont de 1939 à 1958, le contenu évolue avec la situation géopolitique. La première partie consacrée à la Kabylie est passionnante, et montre bien les erreurs politiques et intentionnelles de la France.
Camus est-il utopique ? Une réconciliation était-elle envisageable ? Tout au moins, une séparation à l’amiable ? Voici ce qu’il dit à propos de la Kabylie, dans la première série d’articles :
« Les Kabyles réclament donc des écoles, comme ils réclament du pain. Mais j’ai aussi la conviction que le problème de l’enseignement doit subir une réforme plus générale. La question que j’ai posée à ce sujet aux populations Kabyles a rencontré l’unanimité. Les Kabyles auront plus d’école le jour où on aura supprimé la barrière artificielle qui sépare l’enseignement européen de l’enseignement indigène. Le jour où, sur les bancs d’une école, deux peuples faits pour se comprendre commenceront à se connaître ».
Au fond, ce livre parle de l’Algérie, mais il parle aussi de Camus, de sa vision des hommes et de son désir d’interpeler les politiques sur la crise qui grondait dans son pays natal.