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Globalia

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Fiche de lecture publiée le 12 octobre 2020, rédigée par Eric Le Meur

De Jean-Christophe Rufin (2004)

J’ai lu Globalia il y a quelques années, et je viens de le relire, dans la situation qui est la nôtre : la crise sanitaire, la crise politique (faible confiance dans nos élus) la transition écologique qui ne se fait pas, la place des écrans dans la société, la faible culture générale, littéraire et historique, les travaux génétiques… De là à dire que Globalia est un roman d’anticipation, il n’y a qu’un pas. Surtout que la vie à Globalia n’est pas des plus agréables, même si en apparence Globalia donne l’impression d’être un monde exceptionnel.

Nous sommes dans un futur indéfini mais pas si lointain. Globalia, démocratie universelle, protège physiquement et mentalement tous ses citoyens. Le Département de la Protection Sociale doit encore faire face à quelques attentats terroristes, mais à part cela, tout va bien.

Tout va bien à condition de rester dans le moule de la société, ce qui n’est pas le cas du jeune Baïkal. Il pense qu’un monde existe en dehors de Globalia, et il ne supporte plus la mise sous tutelle par ce monde merveilleux. Il faut dire que Baïkal a été caché à la naissance par se mère, et qu’il n’a pas été éduqué comme les autres enfants.

Alors qu’il tente de sortir de Globalia pour aller dans les non-zones, il est arrêté et récupéré, le lendemain, par un personnage qui semble tout puissant. Cette homme lui propose de l’envoyer dans les non-zones. En contrepartie, il deviendra le Nouvel Ennemi, un ennemi identifié qui permettra à la société globalienne d’avoir un objectif commun : éliminer le nouvel ennemi.

A coté, un jeune journaliste découvre que l’un des attentats perpétué dernièrement a en fait été organisé par le Département de la Protection Sociale. Il est immédiatement renvoyé, privé de ses moyens électroniques, et doit se remettre à écrire sur du papier. A travers cette contrainte, il entre en contact avec une association qui promeut la lecture. Celle-ci lui fait découvrir le papier et les livres.

Pourquoi lire Globalia ? Parce qu’inconsciemment, nous constatons déjà dans notre société des signes avant-coureurs d’une évolution qui va dans ce sens.

En Globalia, les livres sont devenus suspects, parce que les livres nous aident à réfléchir par nous-mêmes. A tel point que leur usage a disparu.

L’histoire n’est plus étudiée, car à quoi cela sert-il de savoir d’où nous venons, puisque Globalia prend entièrement en charge notre présent et notre avenir ?

« C’est pourtant clair. En Globalia, tout semble à la fois bouger sans cesse et rester immobile. Il n’y a que deux dimensions : le présent, c’est-à-dire la réalité, et le virtuel où l’on fourre tout ensemble l’imaginaire, le futur et le peu qu’il reste du passé. »

Comment de pas faire un parallèle avec le faible enseignement de l’histoire dans les classes du primaire en France, ainsi qu’au collège ou au lycée ?

Suite à des opérations successives, les hommes et les femmes vivent de plus en plus vieux. Les travaux génétiques ont permis la « réparation » et le remplacement régulier de parties du corps. Comment ne pas penser à tous des travaux de recherche génétique ?

La politique n’a plus aucun sens, puisque le taux d’abstention atteint 98 %. Nous n’en sommes pas là dans notre société française, quoique…

« L’indignation, par une recette savamment acquise, se transformait sur le visage de Maud en un charmant battement de cils.
Ce n’est pas parce qu’il y en a si souvent qu’elles ne sont pas chaque fois importantes, rectifia-t-elle avec une hautaine bonté. Les 98 % d’électeurs qui s’abstiennent en moyenne ont tord de l’oublier »

Ceux qui représentent l’intégrité de l’État sont corrompus : le Département de la Protection Sociale organise les attentats qu’elle est sensée réprimée. Chose que nous connaissons dans notre société française.

Enfin, on découvre que Globalia a été créé par les plus riches fortunes du moment, qui voulaient mettre en place un système social leur assurant prospérité et pouvoir. On est très loin des idéaux que la société Globalienne promeut officiellement.

« L’obsolescence programmée des choses faisait partie de la vie. Il était acquis qu’elle entretenait le bon fonctionnement de l’économie. »

« les armes sont la seule denrée que Globalia exporte en grande quantité vers les non-zones. »

Tout cela est écrit avec la maîtrise littéraire de Jean-Christophe Rufin, dans un vocabulaire riche, un style magnifique et accessible, dont le ton n’est pas pédant. On trouvera facilement des études plus approfondies sur le sens de Globalia, et des raisons qui ont poussé l’auteur à anticiper la réalité, il y a déjà 15 ans.

conseil aux parents

un passage un peu sensuel (la relation entre Baïkal et son amie), quelques commentaires suggestifs. Jean-Christophe Rufin a toujours été assez "libre" avec la sexualité.

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