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J’accuse

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Fiche de lecture publiée le 3 janvier 2020, rédigée par Eric Le Meur

2014. Initialement publié en français sous le titre « D. »

Je connaissais Robert Harris grâce à son livre « Imperium » dont j’ai parlé sur ce site. Et c’est très certainement parce qu’il avait été écrit par Robert Harris que je me suis risqué à acheter le livre à l’origine du film de Roman Polanski : l’écrivain anglais est connu pour son sérieux lorsqu’il s’agit d’écrire un roman historique.

Je pense que, globalement, nous avons tous plus ou moins entendu parler de l’Affaire Dreyfus. Alfred Dreyfus, officier français de confession juive, est accusé d’avoir livré des documents aux allemands. Nous sommes en 1894, 24 ans après la défaite française de 1870 face à la Prusse. L’Alsace et la Lorraine ont été annexés à l’Empire germanique, l’Allemagne est devenu « l’ennemi », et trahir la France pour l’Allemagne est d’une gravité sans égal.

Le colonel Jacques Picquart, qui a contribué à l’arrestation de Dreyfus, est nommé à la tête du service des statistiques, qui n’est autre que les services de renseignements de l’armée. Brillant, jeune, dynamique, il est célibataire et entretien une liaison adultérine avec une amie d’enfance, qui s’est mariée, las d’attendre son officier toujours en mission.

Le service des statistiques découvre, alors que Dreyfus a été envoyé à perpétuité sur l’Ile au Diable, dans des conditions de détentions très inhumaines, que quelqu’un continue de transmettre des informations à la Prusse. Picquart décide de reprendre le dossier Dreyfus, et se rend compte que les documents sur lesquels la condamnation a été rendue ne sont pas probants.

Bien plus, Picquart acquière la conviction que Dreyfus est innocent, qu’il a été condamné à tord. Il commence à informer ses supérieurs de ses découvertes, et il se voit intimer l’ordre de ne pas poursuivre ses recherches : Dreyfus est coupable, et cela suffit.

Après plusieurs mois de recherches, Picquart est soudainement muté en Tunisie, puis envoyé sur une mission dont l’issue la plus vraisemblable sera sa mort. Il décide alors de transmettre à un ami avocat les informations dont il dispose.

Picquart est arrêté, soumis à une enquête menée par un officier convaincu de la culpabilité de Dreyfus. (et donc de celle de Picquart, accusé à son tour de collusion avec l’ennemi, et de vouloir défendre un traître)

Entre temps, l’avocat de Picquart organise sa défense, aidé par Georges Clémenceau et Emile Zola. Zola publie dans la presse son article « J’accuse », pour forcer la tenue d’un procès civil, et non plus dans un tribunal militaire, en présence des meilleurs avocats civils.

Il s’agit d’un roman historique. Comme l’auteur le dit, tout n’est peut-être pas absolument exact. C’est le propre du roman historique que de pouvoir présenter les choses inconnues de façon crédible. Mais Robert Harris est très fort pour rendre l’ensemble crédible et créer une histoire, un récit événementiel. L’imagination d’Harris est grande, au point de nous faire partager des bruits, des odeurs qui devaient être celles du Paris de la fin de 19ème siècle :

Je dors très peu cette nuit-là. Je transpire, me tourne et me retourne sur mon lit étroit, froissant les draps au point que j’ai bientôt l’impression de dormir sur des pierres. Les fenêtres sont ouvertes pour faire circuler un peu d’air, mais elles laissent entrer les bruits de la ville. Durant mon insomnie, je compte les carillons des églises lointaines toutes les heures jusqu’à six. Puis je finis par sombrer dans le sommeil, pour être réveillé trente minutes plus tard par la trompe rauque des premiers tramways du matin.

Un peu plus loin dans le récit :

Boisdeffre était assis derrière son bureau imposant, ses mains élégantes posées à plat sur le plateau, un exemplaire de l’Éclair entre les deux.
— J’ai cru comprendre que vous aviez vu le ministre hier ?
Il s’exprime avec un calme qu’il ne me semble afficher qu’au prix d’un grand effort.
— oui mon général je le vois presque tous les jours..
Boisdeffre me laisse au garde-à-vous sur le tapis, et c’est la première fois que cela arrive.
— Et vous lui avez montré le dossier secret sur Dreyfus ?
— J’ai eu le sentiment qu’il devait être informé…
— Je ne le tolérerai pas ! s’écrit-il en soulevant l’une de ses mains pour l’abattre avec force sur le bureau.

A la fin du livre, Harris liste les ouvrages qu’ils a consultés pour écrire le sien. Quelque part cela force le respect, et pousse à rendre son texte crédible.

Je n’ai pas vu le film, mais la conclusion est que le livre est passionnant. Peut-on se contenter de le lire pour affirmer que l’on sait tout sur l’Affaire Dreyfus ? C’est là toute la complexité de la question. Très certainement un universitaire irait plus loin dans son approfondissement.

Pour aller plus loin sur l’Affaire Dreyfus et le Colonel Picquart

Comme je le laissais sous-entendre dans mon commentaire, il semblerait que l’histoire du Colonel Picquart soit plus compliquée que ce qui est écrit dans ce roman.

On pourra écouter à ce sujet le podcast de l’émission Réplique "Qui est le colonel Picquart" au cours de laquelle Alain Finkielkraut reçoit Philippe Oriol, historien, auteur du livre Le faux ami du capitaine Dreyfus : Picquart, l’affaire et ses mythes et Christian Vigouroux auteur de la biographie de Georges Piquart : Georges Piquart, Biographie.

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