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Les étés de l’ourse

Par Muriel Wylie Blanchet, Paulsen, 2026
Ah ! Quelle découvert chez Paulsen ! Je suis chez mon libraire et j’hésite, car je suis plutôt habitué aux livres de poche, pour l’équilibre de mon budget ; mais je me dépêche pour que la raison ne prenne pas trop le dessus, et j’achète. Et vraiment je ne regrette pas. Est-ce un « monument » ? Je ne sais pas. Est-ce « exceptionnel » ? Oui, certainement.
Nous sommes au Canada, plus spécialement en Colombie Britannique. Le mari de Muriel meurt en 1926, vraisemblablement de noyade. Elle passera les étés suivants sur un bateau, avec ses 5 enfants, à découvrir les îles, criques, passages, îlots autour de la grande île de Vancouver. Le livre est le récit des événements marquants de ces étés passés en famille, à l’aventure, au contact de la nature, et quelle nature !
Moi qui suis habitué à la montagne, je découvre des récits maritimes, où l’on cherche à aborder dans des endroits où le fond est si profond qu’il n’y a pas moyen de jeter l’ancre, où les montagnes sont si hautes que le bateau touche les parois qui plongent à pic dans la mer. Il y a bien sûr des tempêtes, des marées (et l’on entrevoit la subtilité de la navigation en fonction de la montée ou de la descente des flots), des passages accessibles seulement pendant les 20 mn de mer étale…
Et l’on découvre des animaux, et pas des moindres : on pense aux ours en Colombie Britannique, mais dans l’eau il y a des orques (que l’on appelle là-bas des épaulards) des oiseaux, des poissons que l’on pèche pour se nourrir…
Et il y a également une vie humaine, avec quelques trappeurs qui se sont installés là, quelques pêcheurs, de rares bateaux, mais un peu partout de l’entraide. Une présence indienne également, en tout cas des récits indiens qui demeurent dans la conscience des personnes présentes.
Et surtout, il y a la famille. Certes diminuée du membre paternel, mais manifestement unie, protégée par cette mère qui, comme une ourse, fait grandir ses enfants. Car nous ne sommes pas dans la sur-protection : le texte fait transparaître une dimension pédagogique et maternelle, dans laquelle la mère fait découvrir la vie à ses enfants avec naturel, en la vivant elle-même. La mère vit, organise, contrôle, prend des risques, et les enfants suivent et reproduisent ce qu’ils voient faire chez leur mère. Une mère toujours attentive, et qui sait réconforter, consoler l’enfant qui en a besoin, surtout le plus petit. J’étais admiratif devant cette affection familiale. Quel modèle éducatif !
Enfin, très heureux également du style littéraire agréable, riche en vocabulaire, qui retransmet la vie, avec quelques clins d’œil qui rendent le récit vivant, et montre une mère humble, heureuse de ce qu’elle fait, et amoureuse de l’ambiance dans laquelle elle évolue.

(Accessoirement, dans le contexte actuel que nous connaissons, du recours ou non à l’IA, nous avons là un exemple de la qualité littéraire d’une bonne traduction humaine !!)