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 17 septembre 2026

La cause du Christ

L’Évangile contre l’identité chrétienne, P. Benoist de Sinety, Grasset, 2026
Il n’est pas simple de faire un résumé, une présentation du livre du P. Benoist sur le christianisme identitaire. J’aurais de loin préféré pouvoir parler avec lui. Car, de même qu’il n’aime pas parler de certains sujets dans ses homélies, parce que ceux qui l’écoutent ne peuvent pas réagir (p. 114), de même un échange aurait été profitable. Mais comme ce n’est pas possible, je vais donc essayer de faire au plus juste, et le plus ouvert possible.
Avant tout, merci. Merci pour ce texte, qui a de nombreux mérites. Tout d’abord de dire tout haut ce que je ressens, mais qu’il m’est parfois difficile d’exprimer. Tout au moins de l’exprimer et d’être considéré. Avec son autorité, le P. Benoist peut parler et expliquer.
Expliquer que ce que certains hommes politiques appellent le christianisme, ou une société chrétienne, n’a pas grand-chose à voir avec ce que Jésus a dit. Le livre permet une mise au point salutaire. « De Moscou à Washington, de Budapest à Buenos Aires, une même stratégie se déploie : l’instrumentalisation du christianisme au services de projets politiques qui contredisent frontalement l’Évangile ».
Expliquer que cette radicalisation que l’on ressent chez une certaine jeunesse n’est pas non plus le christianisme. L’affirmation identitaire face à l’Islam ne peut être retenue comme enseignement du Christ.
Expliquer aussi « le positif », c’est à dire expliquer ce que le message du Christ propose. Je viens de donner deux arguments négatifs, contre lesquels l’auteur s’élève, mais il ne se contente pas de mettre en garde : il affirme comment la parole du Christ doit animer nos paroles, nos actes, et notre attitude en société. « Être chrétien, c’est se mettre à l’école de Jésus, pas vouloir bâtir une civilisation idéale ».
Je note aussi : « Le Christ renvoie chacun à son prochain et établit une égalité absolue entre tous, sans aucune exception ».
Je ne peux pas recopier tout le livre, ce serait un peu long… Mais l’étude est passionnante, et remet l’Église au milieux du village. L’étude est d’autant plus passionnante que l’auteur cherche les causes du mal-être en France, et montre bien la « lutte de société » engendrée par la révolution française. L’auteur accepte et comprend que parfois, nous soyons tentés de répondre de façon excessivement forte. Comme si nous étions resté à l’adage « Œil pour œil, dent pour dent ». Mais il montre que ce n’est pas la solution, et surtout que ce n’est pas ainsi que le Christ s’est comporté. En tout, Jésus a montré et manifesté aux hommes quel était l’amour de Dieu pour eux.
Je dirais donc que ce petit livre est, à mon avis, un magnifique point de départ pour une réflexion plus profonde sur ce thème de la chrétienté. Car je pense que l’on peut aller plus loin dans la réflexion, tout au moins dans l’approche.
Je regrette une absence de têtes de chapitre. Le livre est un long texte, et pour s’y retrouver, une structure en chapitres aurait été bien utile.
Je regrette aussi que certaines approches puissent être vues comme simplistes, ce qui tenterait à décrédibiliser l’ensemble du livre.
Par exemple pour la question migratoire. Car c’est certainement celle qui bloque le plus. L’accueil du migrant, de celui qui n’a plus rien à vivre chez lui, et qui cherche un monde meilleur, est une réalité dont nous ne voyons peut-être que la partie immergée de l’iceberg : les foules de gens qui cherchent à venir en France (ou dans d’autres pays). Donc oui, accueillir les migrants, et ressentir de la compassion pour ces personnes.
Mais que fait-on pour l’immigration dont le seul objectif est de profiter du système social français ? Que fait-on des passeurs qui exploitent ces personnes ? Que fait-on des pays où les responsables politiques sont corrompus, et ne consacrent pas leur énergie à développer économiquement leur société ? Que fait-on de l’immigration qui refuse l’inculturation ?
La crise migratoire est un phénomène complexe, et ne peut être réduite à une simple formule : « accueillir tous les migrants ».
Ensuite, j’ai très peur que sa vision de l’Islam apparaisse comme un peu naïve. J’ai de bons amis musulmans, (l’un d’entre eux m’a beaucoup aidé), et beaucoup d’entre nous connaissons des hommes et des femmes de cette religion qui prient, qui aident les autres, qui travaillent, s’engagent dans l’éducation, etc. Mais comment ne pas voir une autre partie de l’Islam qui fait la guerre aux chrétiens ?
Les deux rencontres du synode sur la synodalité ont conduit certains pères synodaux, très ouverts et accueillant envers l’Islam sans distinction, à revoir leur position en écoutant des pères synodaux originaires de régions où les chrétiens sont persécutés.
Dans ce domaine, le livre du P. François Jourdan Dieu des chrétiens, Dieu des musulmans est très éclairant.
Donc ce livre est très bon. Simplement, j’espère que ces deux positions un peu simples ne discréditeront pas le reste du texte : ce serait dommage.