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Fr Clément Bonachon, les Éditions du Cerf, 2025.
Qui aurait cru que quelqu’un m’aurait donné envie de vivre le carême ? Cette période qui, inéluctablement, revient tous les ans, synonyme de privations, de mortifications plus intenses, de tentatives de se reconnaître pécheur, de démarrages fulgurants, tout au moins de désirs de faire des efforts, désirs qui diminuent toujours avec le temps… et qui nous voit arriver à la Semaine Sainte en se disant qu’au fond, ce qui compte, c’est la résurrection du Christ !!! (et pas trop les efforts que l’on n’a pas réussi à faire…)
Clément Binachon, dominicain, nous apporte une vision et, pourrait-on dire, un bol d’air frais sur le carême en particulier, et sur l’ascèse en général. Il resitue l’ascèse dans une vision jeune bien que profonde et sans complaisance, en nous faisant considérer l’objectif principal : l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Je m’entraîne pour réussir à mieux aimer Dieu et à mieux aimer mon prochain.
Je m’entraîne, parce que j’ai compris quel était l’objectif : et l’auteur précise qu’il ne s’agit pas de bien faire tel ou tel principe ou commandement, mais d’être parfaitement identifié au Christ.
Chez le frère Clément, rien d’excessif. Mais pas de quiétisme non plus. Le tout repose sur des considérations intelligibles et spirituelles, qui nous aident à retrouver le sens et l’intérêt de l’ascèse. Sa brève histoire de la mortification et de l’ascèse nous aide à comprendre pourquoi le « combat spirituel » a mauvaise presse.
J’ai bien aimé les considérations historiques : l’ascèse de libération des pères du désert, puis l’ascèse de compassion du Moyen-Âge, puis l’ascèse de réparation avec la dévotion au Sacré-Cœur, enfin l’ascèse de substitution du siècle dernier, dont « la diffusion sans discernement et ses dérives ont entraîné un véritable dégoût pour l’ascèse dont nos contemporains ne se sont pas encore tout à fait remis ».
Frère Clément propose de nombreuses analogies avec le monde sportif, auquel peut-être nous sommes plus coutumiers. Il nous explique que notre volonté est comme un muscle : il s’échauffe, il s’entraîne en fonction de ses capacités. « L’ascèse, c’est la musculation de notre cœur, pour faire de nous des athlètes du Christ ».
L’ascèse, « systématique, fastidieuse et collective ». Mais « tous ces efforts n’ont qu’un seul but : suivre le Christ au plus près ».
Il termine avec quelques mises en garde, quelques conseils spirituels utiles, pour nous aider à faire face aux excès qu’une ascèse mal comprise pourrait engendrer.
Je ne peux pas tout dire. Si ce n’est cette conclusion partielle : « Le carême qui plaît au Seigneur, c’est celui qui fait notre joie ». Et c’est certainement ce qui m’a donné envie d’adhérer à cette vision de l’ascèse et du carême.