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Valentine Goby, 2024
J’espère avoir les mots pour qualifier ce livre, tellement il est beau, et m’a presque laissé sans voix.
L’histoire est simple : Vadim Pavlevitch, jeune juif d’origine russe, vivant à Paris, est envoyé par ses parents à Vallorcine, petit village derrière le col des Montets, au dessus de Chamonix. Il arrive au début de l’année 1942, la neige est omni-présente, et il est accueilli dans une famille de paysans. Vadim prend le nom de Vincent, et comme il est asthmatique, la raison de son séjour en montagne est tout trouvé (je passe sur les détails).
Vadim/Vincent découvre une vie nouvelle, celle de paysans de la vallée de Chamonix, qui vivent au rythme de la nature. Les bêtes à l’étable dans la maison, l’école du village, le catéchisme avec le curé, puis avec l’arrivée du printemps, la montée dans les alpages ; l’été, les foins, le travail des hommes, puis les orages.
Plusieurs choses m’ont impressionné. Tout d’abord de la part de l’auteur, une connaissance de la sociologie, de la vie, des objets, des coutumes d’une famille de paysans montagnards des années 1940 phénoménale. Alors que Valentine Goby n’est pas de la région (même si elle aime la montagne), quel travail de recherche pour parvenir à une telle précision pour décrire l’ambiance dans cette vallée, à cette époque !
Puis le style, que je qualifierai de « mi-parlé, mi-écrit ». Cette capacité de se mettre dans la tête de Vincent, et de nous montrer ce qu’il ressent, ce qu’il vit.
Car, pour Vincent, garçon sensible, tout a une couleur : les pensées, les lieux, les personnes, tout est associé à une couleur. Et nous assistons à une explosion sensorielle qui nous frappe en permanence, alors que nous n’avons sous les yeux qu’une page de livre et de l’encre noire.
Le vocabulaire est riche, précis, travaillé, et celui qui connaît la région se voit inséré dans un monde qu’il regarde avec émerveillement.
Enfin,les saisons, qui passent avec leurs lots, là encore, de couleurs (blanc pour l’hiver, vert pour le printemps, jaune pour l’été). Et la souffrance, l’émotion, alors que les soldats italiens, ennemis mais presque voisins, partent pour laisser la place aux Allemands, juste après le débarquement en Sicile.
Je recommande vivement. Ce fut un moment de profond émerveillement, et de gratitude pour ce beau récit.