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Mémoires du Maréchal Galliéni

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Article publiée le 21 septembre 2018

Extrait

Voici le début du 1er chapitre des Mémoires du maréchal Galliéni

Le Général Galliéni, par Ferdinand RoybetLe 26 août 1914, je suis nommé gouverneur militaire de Paris. La veille, M. Messimy, ministre de la Guerre, m’avait convoqué dans son Cabinet et mis au courant de la situation militaire telle qu’elle résultait des télégrammes reçus du Grand Quartier Général. Les Anglais occupaient le front Cambrai-Cateau ; la 5e armée, général Lanrezac, tenait la Meuse vers Maubeuge et au delà ; la 4e armée, général de Langle de Cary, s’étendait le long de la Meuse, mais n’avait pu prendre l’offensive, pas plus que la 3e armée général Ruffey, qui était également sur la Meuse, vers Montmédy ; le général Maunoury, avec son groupe de 3 divisions de réserve, avait essayé de déboucher sur le front Longuyon-Spincourt, mais sans résultat ; l’armée de Castelnau, 2e armée, fortifiait le Grand-Couronné et couvrait Nancy dans de bonnes conditions ; quant à l’armée Dubail, elle avait dû abandonner l’Alsace. Le trait essentiel de la situation était la menace d’enveloppement de notre aile gauche par des forces considérables, dont le mouvement divergent de grande envergure semblait avoir surpris notre Grand État-Major. Celui-ci, un peu trop dominé encore par les idées napoléoniennes, avait pensé pouvoir conjurer le danger et même profiter de ce qu’il croyait être une faute de l’ennemi ; il avait ordonné son offensive du 22 contre le centre de l’adversaire, mais il avait négligé l’expérience des dernières guerres de Mandchourie et des Balkans et lancé nos 5e et 4e armées contre les positions formidablement organisées avec tranchées, réseaux de fils de fer barbelés, abris de mitrailleuses, artillerie lourde, préparées par les Allemands entre la Sambre et la Moselle. Il en était résulté des pertes énormes et le rejet de nos forces sur la Meuse. Le général commandant en chef était donc justement préoccupé pour son aile gauche. Il marquait, dans ses télégrammes, son intention d’amener des renforts vers l’Ouest, au moyen de prélèvements faits sur nos troupes des Vosges et de l’Alsace et d’ordonner un mouvement da recul vers le Sud.

Les Anglais et la 5e armée s’établiraient sur le front Péronne – Laon – Reims ; les 3e et 4e armées sur les Hauts de Meuse ; on tiendrait solidement la trouée de Charmes et le front défensif de la Moselle. (On s’explique difficilement que nos 5e et 4e armées n’aient pu s’établir solidement dans la région de la Meuse et des Ardennes, en faisant appel aux ressources de la fortification du champ de bataille.) D’autre part, vers le Nord, les divisions territoriales du général d’Amade, sans cohésion, sans instruction, amenées en face de l’ennemi, à peine débarquées du chemin de fer, s’étaient débandées à l’apparition des premiers uhlans. « Un moment, télégraphiait le général d’Amade, je me suis trouvé seul avec les officiers de mon État-Major. »

Ce mouvement de retraite, qui nous faisait perdre la ligne de la Meuse et ouvrait à l’ennemi toute la région Nord de la France, était masqué par nos communiqués qui, depuis le commencement de la guerre, dissimulaient habilement nos insuccès et n’avaient nullement préparé le public à recevoir de fâcheuses nouvelles. Pour ne pas l’effrayer, on crut nécessaire de continuer dans la même voie, et les bulletins des derniers jours d’août ne pouvaient guère faire prévoir la retraite continue de nos armées et l’avance rapide des Allemands vers Paris.

Le Ministre me fit connaître en même temps la situation défavorable du Camp retranché de Paris ; on avait perdu un temps précieux depuis le premier jour de la mobilisation ; les forts et ouvrages n’étaient pas armés, les batteries extérieures des intervalles étaient à peine commencées et dans aucune les pièces n’étaient en place ; les abris à munitions n’existaient pas et les munitions elles-mêmes étaient toujours dans les magasins de secteurs, ne pouvant être transportées par la voie étroite en construction, à peine ébauchée ; les ouvrages d’infanterie, destinés à garnir les intervalles entre les forts et à couvrir les batteries, venaient à peine d’être piquetés sur le terrain. De plus, les approvisionnements prévus par le journal de mobilisation de la place étaient insuffisants et il fallait encore plusieurs semaines pour les porter au complet ; enfin, et surtout, les 4 divisions et les 2 brigades territoriales, - une centaine de mille hommes qui formaient la garnison du camp retranché, étaient des troupes sans cohésion, sans instruction militaire, insuffisamment encadrées et sur la valeur desquelles on ne pouvait guère compter si l’ennemi se présentait en force devant Paris.

Cette situation du Camp retranché de Paris semblait préoccuper vivement le Gouvernement qui se demandait avec anxiété comment il serait possible de remédier à ces graves lacunes, surtout avec la menace des Allemands qui, sous peu de jours, pouvaient être devant la capitale. Je me rappelle encore la scène qui eut lieu dans le cabinet du Ministre, quand je l’informai simplement que je me mettais à ses ordres. M. Messimy me remercia chaleureusement en son nom et au nom du Conseil des Ministres. Il me serra les mains à plusieurs reprises et m’embrassa même. Le moment n’était pas aux longues phrases, mais je pouvais constater, d’après la chaleur de ces démonstrations, que je ne prenais pas une succession enviable. Dans les circonstances critiques par lesquelles nous passions, chacun se devait à son pays, surtout quand il s’agissait d’occuper un poste aussi exposé au danger que le gouvernement militaire de Paris dans ces derniers jours d’août 1914. Toutefois, dès ce moment, mon premier soin fut de prévenir le Ministre, qu’étant donnée la situation du Camp retranché, incapable pour l’instant de résister à une offensive sérieuse des Allemands, je demandais, pour défendre Paris, l’envoi d’une armée mobile comprenant au moins 3 corps d’armée actifs. Séance tenante, M. Messimy, avec l’esprit de décision qui le caractérise, télégraphia au général Joffre, au nom du Conseil des Ministres, pour lui prescrire « de diriger sur Paris 3 corps d’armée actifs pour assurer la défense de la capitale menacée par l’ennemi ». C’était le 25 août, vers trois heures de l’après-midi.

Le Ministre m’avait prévenu que je prenais une tâche formidable. Je devais m’en apercevoir de suite. Le 26 août, à 3 heures de l’après-midi, le général Michel me remettait le service. Je réunissais à 5 heures les chefs de service : général Clergerie, chef d’État-Major ; général Hirschauer, chef d’Etat-Major adjoint ; général Désaleux, directeur de l’artillerie ; général Goëtschy, directeur du génie ; général Coupillaud, directeur du Service des transports ; intendant-général Ducuing, directeur du Service des ravitaillements du Camp retranché, y compris la ville de Paris ; intendant général Burget, directeur du ravitaillement et des services de l’intendance de l’armée de Paris ; inspecteur général Février, directeur du Service de santé du Camp retranché. Je ne dissimulai en rien la gravité de la situation et je prévins ces Messieurs que notre armée était forcée de battre en retraite et que nous devions nous préparer à voir les Allemands sous peu devant Paris. Je leur déclarai que ; pour des raisons qu’il importait peu de connaître à ce moment, on a négligé la mise en état de défense du Camp retranché où tout est en retard : travaux de défense, approvisionnement des ouvrages en munitions, ravitaillement, etc. Chacun devra se mettre immédiatement au travail en prenant toutes les initiatives et les responsabilités nécessaires. Nous avons encore quelques jours devant nous ; nous devons les utiliser, en fournissant l’effort énorme indispensable, pour mettre Paris en état de résister aux entreprises de l’envahisseur. J’attends donc que chacun se mette au travail avec la dernière énergie et sache exiger de son personnel les efforts exceptionnels que demandent impérieusement les circonstances. Des sanctions seront prises immédiatement contre les défaillances individuelles qui ne peuvent plus désormais être admises. Je dois dire d’ailleurs que ces chefs de service étaient tous des hommes de devoir et de haute intelligence, parfaitement compétents dans leurs services spéciaux et qui surent, dès qu’ils furent bien au courant de mes intentions, prendre toutes les initiatives et toutes les mesures que comportaient les circonstances graves que nous traversions. Tous agirent avec la décision, le calme et le sang-froid qui seuls pouvaient permettre de faire face aux difficultés issues de l’insuffisance de préparation du plan de défense du Camp retranché. D’autre part, ils avaient, comme moi, à lutter contre cette mentalité spéciale des officiers et fonctionnaires de nos différents services et bureaux, qui s’imaginaient qu’ils devaient, comme en temps de paix, passer par toutes les formalités de règlements compliqués et confus et ne rien faire sans ordres. Cette crainte des responsabilités n’était plus de mise.

Avant tout, j’essayai de me rendre compte des ressources de toute nature dont pouvait disposer le Camp retranché de Paris. Il n’était pas facile d’obtenir ces renseignements, en raison surtout des changements continuels qui avaient lieu tant dans le personnel dirigeant que parmi les troupes. Depuis le premier jour de la mobilisation, on peut dire qu’à Paris tous les services, tous les dépôts, avaient employé tout leur temps à incorporer, habiller et armer les hommes et détachements destinés à nos armées. Le 19e escadron du train, à lui seul, avait eu à faire ces opérations pour plus de 30.000 hommes. De même, nos magasins se remplissaient constamment pour se vider aussitôt afin de satisfaire aux demandes qui leur étaient adressées. Notre État-Major Général - et cela se comprend - songeait avant tout à ses armées et se préoccupait peu du Camp retranché, dont toutes les ressources, depuis le premier jour de la mobilisation, avaient été employées à satisfaire à ses innombrables besoins. Par là même, ceux du Camp retranché avaient été négligés, ce qui expliquait la situation défavorable dans laquelle il allait se trouver et qui n’aurait pas dû échapper au Haut Commandement, dont le devoir est toujours de prévoir les pires éventualités.

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- Aux Editions Blanche de Peuterey : Mémoires du Maréchal Galliéni. la défense de Paris