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Les 153 poissons

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Article publiée le 19 avril 2018

Lors de la pêche miraculeuse après la résurrection, les disciples pêchent 153 gros poissons. Pourquoi 153 ? Saint Augustin nous en donne ici une explication.

Sermon 248, pour la semaine de Pâques

Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui

1. Aujourd’hui encore on a fait la lecture, dans l’Evangile de saint Jean, sur ce qui arriva après la résurrection du Seigneur. Votre charité y a vu, comme nous, que Jésus-Christ se manifesta à ses disciples près de la mer de Tibériade, où il les trouva occupés à pêcher des poissons, eux dont il avait fait déjà des pêcheurs d’hommes. Durant la nuit entière ils n’avaient rien pris ; mais le Seigneur s’étant montré, ils jetèrent leurs filets sur son ordre, et ils prirent toute la quantité que vous venez de voir.

Jamais le Seigneur n’aurait donné cet ordre, s’il n’avait eu dessein de nous tracer un enseignement qui nous fût salutaire. Qu’importait à Jésus-Christ qu’on prît des poissons ou qu’on n’en prît pas ? Aussi cette pêche mystérieuse nous désignait. Rappelons-nous que les disciples firent deux pêches sur l’ordre de notre Seigneur Jésus-Christ, l’une avant sa passion, l’autre après sa résurrection. Ces deux pêches figurent donc l’Eglise ; l’Eglise telle qu’elle est aujourd’hui, et l’Eglise telle qu’elle sera à la résurrection des morts. Aujourd’hui, en effet, les bons et les méchants sont innombrables dans son sein, tandis qu’après la résurrection elle ne renfermera que les bons, dont le nombre sera fixé.

2. Revenons sur la première pêche pour y voir l’Eglise telle qu’elle est maintenant. Quand le Seigneur Jésus invita pour la première fois ses disciples à le suivre, il les trouva appliqués à pêcher. De toute la nuit ils n’avaient rien pris. Sitôt qu’ils le virent, il leur dit : « Jetez les filets. — Seigneur, reprirent-ils, nous n’avons rien pris durant la nuit entière ; mais sur votre parole nous nous empressons de jeter le filet ». Ils le jetèrent, c’était l’ordre du Tout-Puissant. Que pouvait-il arriver, sinon ce qu’il voulait ? Mais, comme je l’ai déjà dit, il voulait bien signifier par là un mystère avantageux à connaître. On jeta donc les filets. Le Seigneur n’avait pas souffert encore, il n’était pas encore ressuscité. On jeta les filets, et on prit une telle quantité de poissons que les deux barques en furent remplies, et que les filets mêmes se rompaient. Jésus dit alors : « Venez et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes ». Ils reçurent ainsi de lui les filets de la parole de Dieu, ils les jetèrent sur le monde comme sur une profonde mer, et ils prirent cette immense multitude de chrétiens que nous voyons et qui nous étonne. Les deux barques figuraient deux peuples, les Juifs et les Gentils, la synagogue et l’Eglise, la circoncision et l’incirconcision. Ces deux barques sont donc aussi comme les deux murailles qui viennent de directions contraires, et dont le Christ est la pierre angulaire. Qu’avons-nous entendu encore ? Que les barques étaient comme accablées sous le poids de ce qu’elles contenaient. Ainsi en est-il aujourd’hui, où la multitude des mauvais chrétiens est une surcharge pour l’Eglise. Non contents d’accabler l’Eglise, ces mauvais chrétiens rompent les filets. Y aurait-il des schismes, s’ils ne les avaient rompus ?

3. De cette pêche qui nous fatigue, passons donc à cette autre que nous désirons avec ardeur et que nous attendons avec foi. Le Seigneur vient de mourir, mais il est ressuscité ; il se montre à ses disciples près de la mer et leur dit de jeter leurs filets, non pas toutefois d’une manière telle quelle. Attention ! Au moment de la première pêche il ne leur dit pas : Jetez à droite ou à gauche. S’il disait : A gauche, il n’aurait en vue que les méchants ; à droite, il ne voudrait figurer que les bons ; et en ne disant ; ni à droite, ni à gauche, il indique qu’on allait prendre les bons mêlés avec les méchants. Que sera l’Eglise après la résurrection ? Apprenez-le, distinguez bien, réjouissez-vous, espérez, comprenez. « Jetez, dit le Sauveur, les filets du côté droit. On prend donc les âmes de la droite ; ne craignez pas qu’on prenne en même temps des méchants. Vous ne l’ignorez pas, en effet, le Seigneur a annoncé qu’il séparerait les brebis des boucs, placerait les brebis à sa droite, les boucs à sa gauche, dirait ensuite à la gauche : « Allez au Lieu éternel » ; et à la droite : « Recevez le royaume ». Voilà pourquoi il dit aujourd’hui : « Jetez du côté droit ». Les disciples y jetèrent et firent capture ; le nombre des poissons est déterminé, il n’en est pas un de plus. Aujourd’hui, hélas ! combien il en est de plus pour s’approcher de l’autel ; ils semblent appartenir au peuple de Dieu, mais ils ne sont point inscrits au livre de vie. Alors donc le nombre est fixé. Ah ! Travaillez à être comptés aussi parmi ces poissons, non seulement en écoutant et en applaudissant, mais encore en comprenant et en pratiquant. On jette donc les filets et on prend de grands poissons. Eh ! Qui sera petit dans ce séjour où tous seront égaux aux anges de Dieu ?

Or, ces grands poissons sont au nombre de cent cinquante-trois. — Est-ce là le nombre des saints, me dira-t-on ? Loin de nous le soupçon même que cette Eglise seule en fournisse aussi peu au royaume des cieux ! Oui, le nombre sera déterminé ; mais du peuple d’Israël il y en aura des millions. Saint Jean dit dans son Apocalypse que de ce peuple seul il y en aura cent quarante-quatre mille qui ne se seront point souillés avec les femmes, et qui seront restés vierges. Pour les autres nations, il assure qu’elles envoient tant de milliers d’hommes avec leurs robes blanches, que nul ne saurait les compter.

Jésus leur dit alors : « Venez manger. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur

4. Le nombre de cent cinquante-trois est donc une figure ; et dans la fête où revient chaque année ce sujet, je dois vous rappeler ce que vous entendez chaque année. Les cent cinquante-trois poissons désignent par leur nombre tous les saints et tous les fidèles. Pourquoi le Seigneur a-t-il daigné figurer par ce nombre tant de milliers d’élus qui parviendront au royaume des cieux ? Le voici ; écoutez : vous savez que Dieu a donné sa loi à son peuple par le ministère de Moïse, et que la partie principale de cette loi est le Décalogue ou les dix commandements, dont le premier ordonne de n’adorer qu’un seul Dieu ; le second de ne prendre pas en vain le nom du Seigneur son Dieu ; le troisième de garder le sabbat, observé spirituellement par les chrétiens et charnellement profané par les Juifs. Ces trois préceptes se rapportent directement à Dieu, et les sept autres aux hommes ; et tous sont compris dans ces deux : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme, et de tout ton esprit ; et tu aimeras ton prochain comme toi-même. Dans ces deux préceptes est contenue toute la loi avec les prophètes ». C’est donc à cause de ces deux préceptes que dans le Décalogue trois préceptes sont relatifs à l’amour de Dieu, et sept à l’amour du prochain. Quels sont ces sept derniers ? « Honore ton père et ta mère ; tu ne commettras point d’adultère ; tu ne tueras point ; tu ne déroberas point ; tu ne feras point de faux témoignage ; tu ne convoiteras point l’épouse de ton prochain ; tu ne convoiteras pas son bien ».

Or, il n’est personne qui accomplisse ces dix commandements avec ses seules forces ; il a besoin du secours de la grâce de Dieu. Mais si nul n’accomplit la loi avec ses propres forces et sans l’aide de l’Esprit de Dieu, rappelez-vous comment le nombre sept est consacré au Saint-Esprit, comment un saint prophète annonce que l’homme sera rempli de l’Esprit de Dieu, Esprit de sagesse et d’intelligence, de conseil et de force, de science et de piété, Esprit de crainte de Dieu. Sept opérations divines où nous voyons le nombre sept consacré par l’Esprit Saint, qui part de la sagesse pour s’arrêter à la crainte, lorsqu’il descend jusqu’à nous ; tandis qu’en montant vers lui nous commençons à la crainte pour finir à la sagesse. Car « le commencement de la sagesse est la crainte du Seigneur ».

Maintenant, dès qu’on a besoin de l’Esprit Saint pour pouvoir observer la loi, il faut joindre sept à dix, ce qui fait dix-sept. Or, en additionnant tous les nombres depuis un jusqu’à dix-sept, tu obtiendras au total cent cinquante-trois. Il n’est pas nécessaire de faite ici l’addition tout entière, vous l’achèverez chez vous. Vous direz donc en calculant : Un, plus deux, plus trois, plus quatre donnent dix. Unis de la même manière, tous les autres nombres jusqu’à dix-sept, et tu obtiens le chiffre mystérieux des fidèles et des saints qui seront avec le Seigneur dans les splendeurs du ciel.

Pour aller plus loin

Sermons pour le Temps de Pâques
Saint Augustin